L’anatomie de mon clitoris ? Je l’ai découverte il y a quelques mois seulement pour être honnête. Je savais à quoi il ressemblait vaguement sans être capable de le décrire précisément. Je me suis demandée si j’étais une attardée du clito mais le son de cloche chez mes copines était le même. Je précise qu’on a toutes passé le cap de la trentaine. Pourquoi un tel manque d’infos à ce sujet ? C’est pour répondre à cette question et aborder le plaisir féminin sans tabous que Julia Pietri a créé le compte Instagram gang du clito et auto-édité cette année le petit guide de la masturbation féminine. Un super ouvrage de plus de cent pages, basé sur les témoignages de 6’000 femmes distillés au fil des sept chapitres. La parisienne de trente-deux ans y aborde, notamment, la question de l’orgasme, les différentes pratiques ou encore les mythes liés à la masturbation féminine et au plaisir. Elle y présente aussi une vision 3D du clitoris qui mesure entre huit et douze centimètres et contient quelque 8’000 terminaisons nerveuses (le gland du pénis en a entre 4’000 et 6’000). Hyper instructif, j’ai appris plusieurs choses grâce à ce petit guide que je recommanderais à chaque femme de parcourir, quel que soit son âge. D’ailleurs mes copines se sont déjà mises sur liste d’attente pour me l’emprunter.

Le petit guide de la masturbation féminine
Julia Pietri

Pourquoi un guide sur la masturbation féminine?

La masturbation et le plaisir féminin sont des sujets peu traités. J’avais envie de faire un livre pour toutes les femmes et d’aborder ce thème avec bienveillance. L’idée de ce guide est de faire un état des lieux sur ce qu’on sait aujourd’hui. Le clitoris a été un organe un peu oublié par la médecine car essentiellement lié au plaisir et non à la reproduction. J’ai fait des recherches pendant une année et ai lancé un sondage en ligne auquel 6’000 femmes francophones ont répondu. C’est d’ailleurs pour récolter ces témoignages, sur lesquels le guide est essentiellement basé avec quelques études scientifiques, que j’ai créé le compte Instagram gang du clito. Je n’ai pas fait appel à des médecins et autres experts car je souhaitais d’abord partager ce que toutes ces femmes avaient à me raconter.

Qu’est-ce qui ressort de leurs témoignages?

La plupart d’entre elles ne connaissent pas l’anatomie de leur clitoris, c’est quand même dingue en 2019. En ce qui me concerne, j’avais trente ans quand j’ai su à quoi il ressemblait exactement. Il est très souvent absent des manuels d’éducation sexuelle ou mal représenté. J’ai aussi constaté que les femmes qui se disent très épanouies sexuellement sont celles qui ont réussi à se libérer de la honte souvent liée à la masturbation féminine. Et c’est normal. Plus on se connaît, plus il est facile de guider notre partenaire et de prendre du plaisir. Enfin, on ne se masturbe pas de la même façon selon les âges et les différents cycles de la vie.

« Une femme qui se masturbe et à du plaisir sans culpabiliser est une femme libre »

Tu revendiques la masturbation comme un acte féministe. En quoi est-ce lié à l’égalité femmes-hommes selon toi?

Il y a eu la vague me too qui a libéré la parole et ce qu’on veut maintenant, c’est libérer notre corps. Le clitoris reste un organe méconnu, peu étudié. Pourtant, on sait depuis très longtemps qu’il est lié au plaisir. Pour rappel, l’excision est encore largement pratiquée dans de nombreux pays et elle l’a été en Europe pendant une large partie du 20ème siècle.* C’est une arme pour contrôler les femmes. Se masturber et prendre du plaisir, c’est se réapproprier son corps et se libérer. C’est se donner le droit de jouir de façon indépendante.

* Elle a été pratiquée jusque dans les années 50 en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis pour « traiter », entre autres, la masturbation, l’homosexualité, l’hystérie, l’épilepsie, les troubles mentaux, la nymphomanie ou la mélancolie (source: excisionparlonsen.org)

Pourquoi la masturbation féminine est-elle la plupart du temps taboue?

C’est un sujet que l’on aborde peu, que l’on cache. Il y a beaucoup moins de références à la masturbation féminine que masculine dans les représentations collectives. Et puis le fait que cela soit un organe interne, et donc moins visible, ne facilite pas la compréhension. Sans oublier notre passif religieux. Bien que non linéaire au cours des siècles, le plaisir féminin a longtemps été considéré comme quelque chose de dangereux et d’incontrôlable.

À quoi fais-tu référence lorsque tu parles de croyances phallo centrées ?

On a été éduquées avec la vision de la femme comme objet de désir pour l’homme et non comme étant capable de s’en donner elle-même, je pense au cinéma notamment. Il y a tout à déconstruire. Personnellement, je suis davantage dans une idée de transmission que de militantisme. Il faut sortir du cercle féministe et de l’entre-soi pour informer un maximum de personnes.  C’est pour ça que j’ai conçu un guide simple, sympa et accessible. Le but est véritablement d’élargir le débat.

Une idée reçue sur le clitoris et la masturbation féminine ?

L’orgasme vaginal est un mythe. Le clitoris n’est pas qu’un point que l’on stimule pendant les préliminaires. C’est grâce à lui qu’on peut atteindre des orgasmes profonds.

Le petit guide de la masturbation féminine est disponible ici

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