À quelques jours du shooting, j’ai commencé à flipper. J’ai réalisé que j’allais poser en lingerie et je me suis demandé si c’était vraiment une bonne idée. On allait voir mon corps tel qu’il est, avec ses imperfections. Honnêtement, j’ai songé à tout annuler. J’ai finalement décidé de faire de cette peur, un moteur. Ce projet, je l’ai mis sur pied pour plusieurs raisons. Par lassitude tout d’abord. Celle de voir un seul et même idéal féminin valorisé dans les médias, sur les réseaux sociaux, et Instagram en particulier. Parallèlement à cela, passer le cap de la trentaine m’a poussée à me questionner. Pourquoi suis-je si dure envers moi-même ? Qu’est-ce qui m’empêche de m’accepter entièrement ? Serais-je vraiment plus heureuse avec un corps différent ? Je ne connais aucune femme qui n’ait jamais eu de difficulté à s’accepter, à un moment ou à un autre de sa vie. C’est pour cela que j’ai eu envie de les interroger elles aussi sur leur rapport au corps, tout en montrant différents types de morphologie. Pourquoi avoir choisi des blogueuses ? Derrière les sourires, les mises en scène et les hashtags, il y a bien souvent une autre réalité. Des femmes qui ont toutes une histoire, des blessures, des doutes, et qui essaient de faire au mieux. Sara, Morgane, Barbara et Angela se sont prêtées au jeu, sans filtres, avec un seul objectif : faire passer un message positif. Je les en remercie, cela n’a pas été un exercice facile.

Nous sommes toutes d’accord pour dire que le bilan de cette expérience est très positif. Le shooting a été un vrai challenge, voire une thérapie pour certaines. Nous avions un peu peur de poser en lingerie et de nous livrer. Malgré cela, nous avons rapidement été à l’aise. Certainement parce que le shooting a eu lieu à la maison et qu’aucune de nous n’était dans le jugement. Et c’est fou ce que cela fait du bien ! Ce projet a été libérateur. Alors, s’il vous arrive parfois de soupirer en vous regardant dans le miroir, pensez à nous et relevez le menton.

 

#mybodymyshape

 

Body positivisme

©Hannah Shan

 

LA VIDÉO BEHIND THE SCENES

 

©Mélissa Hofman

 

Nina, Nana m’a dit

Mon corps, je l’ai aimé, puis détesté, puis aimé à nouveau. À l’école, je faisais une tête de plus que tout le monde, j’étais un peu ronde. Mes surnoms allaient de pneu Michelin à grosse vache. Des petits noms plein de tendresse. À l’adolescence, je me suis affinée. Quand je regarde les photos de l’époque, je me dis que j’étais plutôt pas mal. Et pourtant, je passais des heures à m’observer dans le miroir, à focaliser sur mes défauts et à demander à ma mère si la fille qui venait de passer à côté de nous dans la rue était plus grosse que moi. Mon rapport à la nourriture n’était pas équilibré, je me frustrais beaucoup et culpabilisais dès que je me faisais plaisir. Ma vingtaine s’est plutôt bien passée, même s’il m’arrivait encore de tirer sur mon t-shirt pour cacher un ventre qui me paraissait trop visible. J’étais bien dans mes baskets et dans mon assiette. Et puis, l’endométriose est arrivée. J’ai été diagnostiquée à vingt-sept ans, opérée à vingt-neuf. Le corps médical ne sait pas grand-chose au sujet de cette maladie chronique. Le seul point dont ils sont certains, c’est que ça s’en va et ça revient, comme dirait l’autre. Alors, on m’a conseillé un régime anti-inflammatoire très restrictif, pour soulager les symptômes. J’ai perdu dix kilos, avec un effet boomerang quelques mois plus tard et un moral en berne. J’étais en colère contre ce corps qui me trahissait et me faisait souffrir. Cela a duré quelques mois, jusqu’à ce que j’en aie marre de m’auto-flageller. Le cap de la trentaine a été décisif : j’étais fatiguée d’être en conflit permanent avec moi-même. J’ai commencé à être plus bienveillante, à apprécier mes fesses plus rebondies, mes bras plus ronds. J’ai réussi à aimer ce nouveau corps et à le regarder avec douceur lorsque j’ai compris qu’il reflétait mon histoire.

 

Body positivisme

 

Sara, A Hungry Blonde

Je suis très sportive aujourd’hui mais j’ai longtemps été en surpoids. Les kilos se sont accumulés doucement, sur plusieurs années. À l’adolescence, j’ai commencé à remarquer que les garçons ne portaient pas le même regard sur moi que sur les autres filles. Mes vêtements larges étaient une armure qui dissimulaient des formes pas forcément évidentes à assumer. Mais je faisais aller, j’avais un copain, des amis. Ce n’est qu’à l’âge de vingt-cinq ans que mon surpoids est devenu un problème à mes yeux. Je venais d’arriver à Belfast pour travailler, j’étais entourée de filles fines et très apprêtées. Je me sentais différente, alors j’ai voulu changer. J’ai commencé un programme d’entraînement à base de poids, cela a été une révélation. En plus de me découvrir une nouvelle passion, j’ai revu mon alimentation et perdu dix kilos en quatre mois. Ce nouveau corps, j’aurais dû l’adorer. Il m’est pourtant arrivé de le détester. Je culpabilisais pour tout : de ne pas mincir assez vite, de ne pas m’entraîner suffisamment. J’en étais arrivée au point où je pesais mes aliments pour atteindre mes objectifs. Parallèlement à cela, j’ai dû apprendre à gérer ma nouvelle image. Je ne passais plus inaperçue. Le regard des hommes avait changé, on me prenait souvent pour une poupée Barbie. Il a fallu du temps et un grand travail sur moi-même pour faire la paix avec mon corps mais cela en valait la peine. J’ai beaucoup plus confiance en moi à présent qu’auparavant. Je suis fière de mon parcours et bien dans ma peau.

 

Body positivisme

 

Angela, Papertown

J’ai toujours été ronde, j’ai subi les moqueries jusqu’à l’adolescence. On me disait que j’étais moche, grosse, que je n’arriverais à rien dans la vie. Je n’avais qu’une envie : me cacher, disparaître. Je ne comprenais pas pourquoi les autres ne m’acceptaient pas, alors que moi, je m’aimais. Il y avait un vrai décalage entre la façon dont les autres me voyaient et l’image que j’avais de moi-même. Alors, je faisais de mon mieux pour qu’ils m’acceptent. Je me demandais si mon corps était assez beau, si on me trouvait jolie, si j’étais dans la norme. Le déclic, je l’ai eu à vingt-cinq ans. Des déceptions professionnelles et amicales m’ont fait réaliser que la seule personne à qui je devais plaire, c’était moi-même. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain mais la prise de conscience a été immédiate. J’ai rapidement appris à m’aimer comme j’étais et à poser un regard bienveillant sur moi. On me fait parfois comprendre, de manière indirecte, que je risque d’avoir des problèmes de santé plus tard. Il m’arrive aussi de sentir certains regards lourds quand je mange un burger ou une glace mais je m’en fiche. Je ne vais pas m’empêcher de profiter de la vie et me mettre des barrières. Si les gens ont un problème, cela les regarde. Je suis en paix avec mon corps. Il a donné naissance l’année dernière à mon fils et quand j’y pense, tout le reste paraît dérisoire. Je ne changerais de corps pour rien au monde. Il fait partie de mon identité.

 

Body positivisme

 

Morgane, The Blondie Diary

Quand Nina m’a parlé de son article, j’ai tout de suite accroché. C’est l’occasion d’utiliser ma petite voix d’influenceuse pour partager un message positif. Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une seule femme à se sentir un peu mieux dans sa peau, l’objectif est atteint. J’ai eu une prise de conscience dans un deuxième temps : j’allais poser en lingerie et ces images circuleraient sur Internet. Malgré une certaine appréhension, je n’ai pas songé une seule seconde à revenir sur ma décision. Ce projet, c’est une thérapie pour moi. Je suis maman d’une petite fille d’un an et ce n’est pas évident d’accepter mon nouveau corps, il y a un vrai deuil à faire. Il est moins ferme, certaines coupes de vêtements ne me vont plus, je me cache parfois derrière des habits amples. L’allaitement a complètement transformé mes seins, ils ne correspondent plus à l’idée que je me fais d’une belle poitrine. Il m’a fallu du temps pour commencer à apprivoiser ce nouveau corps, un corps dans lequel je me sens plutôt bien finalement et qui mine de rien, a donné naissance à un enfant. Je suis à une période géniale de ma vie, je suis entourée de beaucoup d’amour. Je refuse que mon mal-être pourrisse tout. Alors, j’essaie d’être davantage bienveillante envers moi-même, d’éviter de me comparer aux autres. Et cela marche plutôt bien même si cela reste un travail quotidien. Pour moi, le body positivisme, c’est se regarder dans la glace et se dire qu’on est belle telle que l’on est. Et les critiques, on les emmerde.

 

Body positivisme

 

Barbara, Mademoiselle B

Je n’ai pas toujours eu un rapport simple à la nourriture, surtout au début de la vingtaine. Je vivais une période compliquée : ma vie amoureuse était chaotique et j’étais perdue sur le plan professionnel. Je doutais beaucoup, j’étais en colère. Cette rage, je la soulageais en mangeant. J’étais loin d’être en surpoids, mon alimentation était saine, mais je faisais davantage d’écarts et je ne comprenais pas pourquoi je stagnais. Totalement obsédée par mon poids, la pesée était quotidienne. Un jour, j’ai dit stop. Il fallait que je sorte de ce cercle vicieux. J’ai été voir une nutritionniste, elle m’a ouvert les yeux. J’ai appris à me faire plaisir sans culpabiliser et à être à l’écoute de mon corps. Mon rapport à l’alimentation est aujourd’hui beaucoup plus simple et intuitif. Je suis attentive à ce que je mange, sans me restreindre pour autant, et je fais du sport. Moi qui étais une pro du yoyo, je me suis stabilisée. J’aimerais pouvoir perdre encore quelques kilos si je le pouvais. J’aime la mode et c’est parfois frustrant d’essayer des vêtements qui ne me vont pas. Mais c’est très humain de ne jamais être satisfait et d’en vouloir toujours plus. Il m’a néanmoins fallu du temps pour admettre que je ne peux pas tout porter, que j’ai ma propre morphologie. Je me sens bien dans ma peau, peu importe les standards imposés.

 

Body positivisme

 

Body positivisme

 

Un immense merci à Hannah Shan pour les photos et à Mélissa Hofman pour la vidéo.

 

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11 Commentaires

  1. 27 août 2018 / 22 h 03 min

    Coucou Nina, et coucou à toutes celles qui ont participé à ce projet.
    Le rapport à mon corps a toujours été un problème pour moi et même à 30 ans, il en reste un. Les moqueries, les méchancetés, le regard des autres laissent des traces. Ce que nous vivons nous conditionne, mais ne devrait pas avoir autant d’impact sur notre vie. Bravo à toutes pour votre courage et d’avoir partagé avec nous vos pensées.
    Bisous, Carole

    • Nina
      Auteur
      27 août 2018 / 22 h 07 min

      Merci pour ton commentaire et d’avoir partagé ton expérience. J’espère que la lecture de cet article t’aura un peu aidé et qu’il t’encouragera à te regarder avec un peu plus de bienveillance 🙂 Je t’embrasse

  2. Lisa
    28 août 2018 / 0 h 10 min

    Coucou
    J’ai adoré l’article !
    Je fais des études pour devenir diététicienne et on parle de plus en plus de l’image corporelle et de sa relation avec le comportement alimentaire.
    Le modèle de beauté unique est un réel problème et touche tout particulièrement les adolescents (via les réseaux sociaux). Ce flux d’images non représentatives de la réalité (et en plus de cela photoshopée) les influences énormément.
    J’ai donc été ravie de voir des femmes magnifiques et toutes différentes dans mon fil d’actualité Instagram. Merci pour ça !

    • 28 août 2018 / 13 h 54 min

      Merci Lisa, c’est chouette d’avoir ce genre de retour, ca fait chaud au coeur! On espère pouvoir encourager un maximum de femmes à se sentir bien telles qu’elles sont!

    • Nina
      Auteur
      28 août 2018 / 17 h 20 min

      Merci beaucoup pour ton commentaire. Je suis contente que l’article t’ait plu et je trouve ça super bien que cette problématique soit abordée au cours de la formation de diététicienne. C’est pour cela que j’ai voulu faire cet article. Les filles et moi espérions vraiment qu’il allait parler aux femmes, c’est génial d’avoir des retours comme le tien!

  3. 29 août 2018 / 21 h 33 min

    Ton article est super, vraiment bravo à vous toutes de vous être livrées à nu, comme ça ! J’en serai incapable je pense, enfin, de l’exposer surtout.
    En tous cas vous êtes toutes magnifiques !

    • Nina
      Auteur
      31 août 2018 / 7 h 28 min

      Merci beaucoup, je suis contente que l’article t’ait plu!

  4. Mahine
    2 septembre 2018 / 19 h 11 min

    Super article les filles…! Enfin la question se pose, on parle, on débat, on reconnaît….!!!!

    • Nina
      Auteur
      2 septembre 2018 / 19 h 28 min

      C’est super gentil, merci beaucoup!

  5. 10 septembre 2018 / 12 h 31 min

    Merci
    Merci d’avoir partagé vos doutes et vos sentiments sur un sujet qui reste tabou encore aujourd’hui.
    Merci de vous être mises à nu, alors que votre vie professionnelle est régie par votre image.
    Et merci de montrer à toutes et à tous que vous êtes de femmes normales, vraies et magnifiques.

    • Nina
      Auteur
      10 septembre 2018 / 12 h 34 min

      Merci beaucoup, c’est vraiment très gentil ♡

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